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Le bois ne se laisse pas abattre

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DOSSIER I Bois-énergie

Ce sont près de 2,5 millions de mètres cubes de bois utilisable qui resteraient chaque année inexploités en Suisse. De quoi remplacer 500’000 tonnes de mazout.

Le bois ne se laisse pas abattre

 

L’usage du bois comme source d’énergie est un atout indispensable dans la course à la neutralité carbone. Il est une ressource abondante dans notre pays et les nouvelles technologies permettent d’optimiser sa valorisation en chaleur et en électricité. Depuis peu, le bois se présente aussi comme un précieux allié pour l’agriculture.

 

JOËLLE LORETAN 

«Notre approvisionnement en chaleur est un malade nourri à la perfusion qui se compose à trois quarts d’énergies fossiles […], 20% seulement de notre chaleur sont renouvelables, le bois jouant le rôle le plus important avec ses 11%», peut-on lire dans une publication récente d’Energie-bois Suisse, l’association faîtière de la branche. L’énergie du bois est, après la force hydraulique, la deuxième source d’énergie indigène et renouvelable dans notre pays. Et, selon Richard Golay, responsable de l’association pour la Suisse romande, le bois-énergie n’a pas fini de flamber. «Pour 2030, nous espérons que le bois couvrira environ 15% du marché de la chaleur, et nous visons 25% en 2050.» Une grande partie des bâtiments en Suisse pourraient ainsi être chauffés grâce au bois. Sous forme de bûches, de granulés (ou pellets) ou de plaquettes (ou copeaux), le bois offre un ensemble de solutions de chauffage pour un salon, une maison, un immeuble, voire des pans de ville entiers.

 

LA VILLE SE CHAUFFE AU BOIS

La commune vaudoise d’Yverdon-les-Bains en sait quelque chose. La société Y-CAD SA, propriété de la Ville et de SIG, est née en juillet 2020. Son but? Développer des réseaux thermiques au bois. Le «CAD Santal» alimentera plusieurs quartiers d’ici à 2023. Il est le plus grand des trois projets de chauffage à distance de la ville et le premier à utiliser le bois comme énergie. «Nous avons fait une étude de planification énergétique territoriale afin d’identifier les besoins et les ressources disponibles, et le bois s’est imposé», explique Pierre-Alain Kreutschy, directeur commercial et développement chez Y-CAD et par ailleurs président de la Société des gaziers de la Suisse romande. «La ressource se trouve dans un périmètre restreint, la filière bois-déchet est accessible en termes de coûts et nous contribuons au développement d’une économie locale et circulaire.»

«Pour 2030, nous espérons que le bois couvrira environ 15% du marché de la chaleur, et nous visons 25% en 2050.»

 

Richard Golay

Et ce n’est pas Energie-bois Suisse qui le contredira, elle qui communique sur le fait que «2,5 millions de mètres cubes de bois utilisable restent chaque année inexploités, un volume qui permettrait de remplacer 500’000 tonnes de mazout.» L’association ajoute qu’une exploitation durable de ce potentiel créerait 1000 emplois et éviterait le rejet de 1,5 million de tonnes de gaz carbonique dans l’atmosphère.

 

LA QUESTION CONTROVERSÉES DES REJETS TOXIQUES

Les émanations toxiques résultant de la combustion du bois sont toutefois sous la loupe des autorités. Les poussières fines résultant de cette combustion sont présentées comme étant particulièrement responsables de la pollution de l’air. D’après les chiffres transmis par la Direction générale de l’environnement du canton de Vaud (DGE), 32% des émissions totales de particules fines en Suisse proviennent des chauffages au bois. La combustion complète pourrait apporter une solution à cela, mais tous les acteurs ne sont pas alignés sur la question. «Si la combustion complète des biocombustibles (bûches, plaquettes, granulés de bois) est obtenue, il n’en résulte alors que des cendres minérales», explique Thomas Nussbaumer, responsable de la recherche en bioénergie à la Haute Ecole spécialisée de Lucerne. «Ces dernières présentent une toxicité moindre par rapport à une combustion incomplète qui génère de la suie et du goudron.»

Clive Muller, responsable de la qualité de l’air à la DGE, rappelle toutefois que si les rejets sont minimes, ils restent supérieurs à une combustion au gaz ou au mazout et que si la combustion complète s’observe scientifiquement, il n’en va pas de même sur le terrain. «En laboratoire, le moment de la combustion parfaite existe; dans la réalité, ce n’est pas le cas. Il est vrai toutefois que les chaudières à bois ont beaucoup évolué et qu’elles ont drastiquement réduit leurs émissions polluantes. Mais on ne peut pas encore parler de combustion complète sur tout le cycle, notamment à l’allumage et à l’extinction.»

«Les systèmes alimentés auto-matiquement sont incomparablement moins polluants que ceux alimentés manuellement. Et il faut absolument arrêter d’utiliser les vieilles installations à bois, très polluantes.»

 

Richard Golay

Les arguments passent mal pour Richard Golay, qui pointe une loi vaudoise sur l’énergie très sévère en matière de bois-énergie, en raison d’une mauvaise inter--prétation. «Ils ne tiennent pas compte de l’évidence: dans les grandes installations modernes à plaquettes ou à pellets munies de filtres, on a une combustion complète.» Sur ce point, on ne les réunira pas. Toutefois, plutôt que de figer les divergences, Richard Golay évoque les évidences: «Les systèmes alimentés automatiquement sont incomparablement moins polluants que ceux alimentés manuellement. Et il faut absolument arrêter d’utiliser les vieilles installations à bois, très polluantes.»

 

NOUVELLES TECHNOLOGIES ET VIEILLES HABITUDES

Pour que le bois-énergie continue à soigner la qualité de son air, la construction de centrales intégrant les nouvelles technologies (lire l’encadré) est indispensable, à l’image des usines dites de cogénération. Toutefois, leur coût est élevé et les soutiens financiers bientôt limités. «Avec la fin de la rétribution à prix coûtant (RPC) en 2023, seules les très grandes installations brûlant en partie ou complètement du bois de récupération seront réalisables», déplore Richard Golay. Pierre-Alain Kreutschy pointe lui aussi des coûts qui pourraient être dissuasifs: «Par rapport à une chaufferie à gaz traditionnel, l’installation des systèmes de filtration, de récupération et de recyclage des cendres peut induire des coûts supplémentaires, qui peuvent, dans certains cas, péjorer le résultat final et le prix de la chaleur.»

Au-delà des finances et de la technologie, il y a aussi les hommes et leurs habitudes. «La difficulté supposée pour installer des chauffages à bois dissuade certains professionnels, alors que ce n’est pas beaucoup plus compliqué qu’une installation au mazout ou au gaz, regrette Richard Golay. Pour certains, les énergies fossiles sont toujours le chemin de la moindre résistance et du profit le plus rapide.» L’association professionnelle de la branche suisse des granulés de bois – proPellets.ch – organise des formations sur les installations de chauffage au bois et se veut plus rassurante: «Il est possible que des préjugés subsistent parmi les plus âgés, mais nos cours sont très fréquentés, ce qui nous laisse croire qu’un grand nombre de planificateurs et d’installateurs sont intéressés. […] Nous pensons que le plus grand obstacle jusqu’à présent était le coût d’investissement plus élevé par rapport à des systèmes au mazout ou au gaz, même s’il était compensé par des frais de chauffage plus faibles. Aujourd’hui et grâce aux programmes de subventions, les frais d’investissement sont inférieurs.

L’OR NOIR DU BOIS

On retrouve désormais le bois dans un domaine un peu plus surprenant: l’agriculture. Mais avant d’être amendé au sol, il est transformé en biochar (ou charbon végétal) obtenu par pyrolyse, soit par décomposition thermique (températures comprises entre 550 et 650°C) en milieu pauvre en oxygène. Le biochar contribue ainsi à la fertilité du sol, fournit un habitat pour les micro-organismes, accélère la reconstitution d’humus et agit comme un régulateur d’eau. Il est en effet capable d’absorber jusqu’à cinq fois son poids en eau et d’en libérer autant en cas de sécheresse. Il présente un autre atout non négligeable: la séquestration de CO2. Incorporé aux sols, 1kg de biochar permet ainsi de stocker plus de 3kg de CO2. Et, en matière d’or noir, les Services industriels de Bâle-Ville (IWB) font figure de pionniers, avec l’inauguration prochaine d’une installation de pyrolyse (lire l’encadré). L’usine produira du biochar pour l’agriculture et valorisera la chaleur produite avec les gaz récupérés et brûlés, via un système de chauffage à distance.

 

 

Quelques réalisations exemplaires

Usine de biochar à Bâle

Les Services industriels de Bâle-Ville (IWB) inaugureront en mars 2021 une usine de biochar. Elle produira donc du biochar (IWB annonce 550 tonnes par an), mais également de la chaleur pour 170 foyers, alimentés via un réseau de chauffage à distance. La biomasse (déchets organiques, bois et déchets de bois) sera brûlée selon le processus de pyrolyse (décomposition thermique de matières organiques en milieu pauvre en oxygène).

Centrale de cogénération à Puidoux

En 2018, la commune de Puidoux et Romande Energie inaugurent une installation novatrice, fonctionnant sur le principe de la gazéification du bois humide. Le bois-énergie produit de l’électricité et de la chaleur, via le principe de cogénération. Le procédé permet de maximiser la production d’électricité en couvrant l’équivalent des besoins annuels de 1500 ménages et une combustion plus propre du bois. Romande Energie inaugurera au printemps prochain (et selon l’actualité sanitaire) une nouvelle usine de cogénération à Charmey (Fribourg).

Centrale thermique de Pra-Bosson à La Tour-de-Trême

Gruyère Energie SA (GESA) s’illustre tout particulièrement en matière d’utilisation de la ressource bois-énergie, avec la mise en service, en octobre 2020, de sa sixième centrale de production de chaleur. Elle rejoint le réseau de chauffage à distance de GESA, qui alimente déjà les communes de Bulle, Gruyères, Marsens et Riaz. La chaleur produite par la nouvelle installation sera entièrement issue de la combustion de bois régional. La septième centrale thermique est déjà dans le pipeline de GESA, avec une mise à l’enquête actuellement en cours.