Efficience 21 /// hiver 2020-2021

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Maison olympique, Lausanne

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ÉNERGIES ET TRAVAUX I Visite guidée

Maison olympique, Lausanne

 

Comme une envie d’exemplarité

 

En juillet dernier, le CIO a reçu le Prix du leadership de l’U.S. Green Building Council (USGBC). Une distinction de plus pour la Maison olympique, exemplaire en matière de réalisation durable. Petit tour du propriétaire.

  

JOËLLE LORETAN

Inauguré le 23 juin 2019, le nouveau siège du Comité international olympique (CIO) regroupe désormais sous un seul toit (au lieu de quatre) les 500 employés de l’organisation interna-tionale. La Maison olympique (ou Unity House), du cabinet d’architecture danois 3XN, située dans le parc public Louis-Bourget à Vidy-Lausanne, répond à d’exigeantes certifications (lire l’encadré Distinctions reçues). Avec cette réalisation, le CIO désire inspirer, comme l’explique Lise Van Long, manager durabilité au CIO. «Nous souhaitons montrer l’exemple pour la construction durable et transmettre notre expérience aux comités d’organisation, aux villes hôtes et aux partenaires du Mouvement olympique.» Les modèles énergétiques appliqués prévoient que la Maison olympique utilise environ 35% d’énergie de moins qu’une construction nouvelle de type conventionnel. Toutefois, en cette année 2020 bousculée par la Covid-19, pas facile de tirer un bilan précis. «Nous sommes encore en phase d’optimisation, mais nous tenons les projections. Il faut dire que, cette année, le bâtiment était bien moins occupé que ce qui était planifié. La construction intègre toutefois beaucoup de systèmes intelligents pour la gestion énergétique et elle nécessite une période de rodage pour trouver le mode de fonctionnement optimal. Nous espérons terminer en 2021 les optimisations nécessaires pour atteindre nos objectifs.»

Les distinctions reçues

 

La Maison olympique a déjà reçu plus d’une dizaine de distinctions. La dernière en date est le Prix du leadership 2020, qui récompense «ceux qui font progresser le développement de constructions, de villes et de communautés durables, saines et résilientes». La réalisation a également obtenu les certifications suivantes:

  • Certification LEED (Leadership in Energy and Environmental Design), l’une des plus exigeantes en matière de construction durable. La Maison olympique s’est vu attribuer le niveau platine, soit le plus élevé.
  • Standard de construction durable suisse (SNBS). La Maison olympique a obtenu le niveau le plus élevé (platine). Le SNBS couvre les trois dimensions de la durabilité: environnementale, sociale et économique.
  • Minergie P. Cette certification suisse est décernée aux bâtiments à faible consommation énergétique. Ce label garantit que le bâtiment consomme moins d’énergie au mètre carré que la moyenne des constructions suisses.

CHAMPIONNE  DE L’ÉNERGIE RENOUVELABLE

La Maison olympique est entièrement alimentée en énergie renouvelable, dont une partie est produite sur place. Pas moins de 1000m2 de panneaux solaires installés en toiture fournissent au bâtiment une partie de son électricité; les eaux de pluie, récupérées et stockées, sont réutilisées pour l’arrosage des espaces verts, le nettoyage des voitures et les toilettes; une station de pompage prélève l’eau du lac à une profondeur de 75m (où la température est de 5°C). Cette eau sert non seulement à refroidir le bâtiment, mais également à le chauffer grâce à des pompes à chaleur qui inversent le processus. Enfin, le chauffage à distance (chaleur urbaine issue de l’usine Tridel) de la Ville de Lausanne chauffe l’eau sanitaire tandis que l’électricité fournie par les SiL, d’origine renouvelable, complète l’alimentation du bâtiment. Quant à la façade double peau, elle contribue à une isolation thermique optimale. Les espaces extérieurs n’ont pas été oubliés: des aires naturelles abritent des plantes pollinisatrices et des arbres autochtones, le système d’éclairage a été optimisé afin de limiter la pollution lumineuse et la mobilité se veut douce: vélos, stations de chargement pour voitures électriques ou encore car-sharing.

Bien que la nouvelle construction soit trois fois plus grande que les anciens locaux du siège olympique, le CIO annonce une consommation énergétique au mètre carré divisée de moitié par rapport aux anciens bâtiments.

DES EXPÉRIENCES INÉDITES

Poursuivant des objectifs élevés concernant la durabilité et tenu par des labels exigeants, le CIO a recherché différentes solutions pour réduire l’impact de la démolition. Les parties prenantes ont dû faire preuve d’inventivité. «Les certifications visées ont posé de nombreux défis, tant aux architectes qu’aux équipes de construction et de déconstruction. Il a fallu qu’ils se montrent créatifs, soit parce que les approches n’étaient expérimentées que rarement, soit parce que les matériaux étaient difficilement trouvables sur le marché.» La manager durabilité au CIO cite pour exemple le recyclage du béton effectué sur place. «L’entreprise de génie civil a fait «sa cuisine» directement sur le chantier, se souvient-elle. Elle a récupéré le béton des anciennes constructions, l’a concassé sur place, avant de le réutiliser dans les fondations de la Maison olympique.» Dans une optique d’apprentissage, un processus d’échanges s’est également mis en place avec l’EPFL afin d’identifier les filières de réutilisation et de recyclage (lire l’encadré L’EPFL a mis la main à la déconstruction). Le CIO a également mené des efforts afin d’exercer son influence sur sa chaîne d’approvisionnement, notamment avec Vitra, son principal fournisseur de meubles. «Il était difficile de trouver sur le marché des matériaux qui répondent aux certifications que nous visions en termes de limitation de substances polluantes à l’intérieur des bâtiments. Les processus de tests que Vitra a dû mener les ont incités à mettre en place une gamme permanente de mobilier à faible émission de composés volatils. C’est une démarche peu visible, mais qui a demandé un travail de fourmi.»

 

CONFORT DES UTILISATEURS

Le confort des utilisateurs était également l’une des priorités de ce chantier devisé à 145 millions de francs. Un gros travail a été fait sur la flexibilité des espaces de travail, la qualité de l’air ou la lumière naturelle. «Les gens ont très vite adopté le bâtiment. En dehors des aspects environnementaux, il y a un confort exceptionnel pour l’usager. La manière, par exemple, dont a été pensée la circulation intérieure améliore la cohésion du staff et favorise les échanges. On rencontre des collaborateurs que nous ne croisions jamais avant. L’aspect durabilité est maintenant concret pour chacun, nous le vivons au quotidien.»

L’EPFL a mis la main à la déconstruction

 

Vingt-trois étudiants de la faculté d’architecture de l’EPFL, encadrés par des professeurs et des professionnels de la réutilisation et du recyclage, ont été chargés d’identifier les matériaux réutilisables ou recyclables et de trouver les filières appropriées. Pour exemple, des panneaux électriques ont été donnés au Centre d’enseignement professionnel de Morges, des équipements sanitaires à une association de réintégration professionnelle, le marbre déconstruit a été mis en œuvre dans le Vortex (village olympique lors des JOJ 2020 à Lausanne) et le mobilier de bureau a trouvé place au sein de différentes fédérations internationales.

 

«La déconstruction est une pratique récente, dont nous avons tous beaucoup à apprendre», explique Raphaël Bach, l’un des étudiants ayant pris part au projet, également membre de la ressourcerie materiuum. «L’évolution de l’opinion des acteurs du projet au cours du chantier est d’ailleurs significative et révélatrice de l’apprentissage collectif vécu.» S’il reconnaît au CIO le courage d’avoir voulu déconstruire, il regrette toutefois que cette question soit arrivée tardivement dans le processus. Sans nier les efforts engagés, il tempère: «La déconstruction n’a été pensée que quelques semaines avant le début du chantier. C’est dommage, car s’il y avait eu volonté initiale, des surcoûts auraient pu être évités et des possibilités mieux planifiées. Là où le CIO a vraiment été vraiment exemplaire, c’est en proposant un partenariat académique. L’organisation a ouvert la porte à une expérience inédite.»