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Entre art et technologie

posté le 18 octobre 2017 par Joëlle Loretan

Pour la première fois, des panneaux solaires arborent des photographies. Et le résultat est carrément bluffant. Rien ne laisse transparaître les cellules photovoltaïques: malgré un soleil resplendissant, aucun reflet ne vient perturber le rendu.

«Ce projet sort des sentiers battus; il a fallu y mettre beaucoup de cœur.» Mario El-Khoury est heureux de cette réussite, même s’il se dit conscient de l’aspect prototype de la démarche. Le directeur général du CSEM enchaîne: «Je m’étais promis que le CSEM ferait tout son possible pour mettre fin au photovoltaïque moche. Mais nous sommes au tout début de l’histoire.» Un travail d’embellissement pourtant déjà entamé avec le développement de panneaux solaires blancs, puis de couleur. Mais le directeur rappelle que le but du CSEM est aussi de porter une invention vers un succès commercial, afin de répondre aux défis environnementaux.

Le Centre poursuit ainsi quatre objectifs: l’esthétique, l’efficacité, la fiabilité et la rentabilité. «Aujourd’hui, nous parlons du premier point. Mais nous mettons également notre énergie sur les trois autres aspects.» Laure-Emmanuelle Perret-Aebi, cheffe de section au CSEM, pointe quant à elle les écueils esthétiques rencontrés: «Il fallait s’assurer que l’encre ne perde pas trop rapidement de sa couleur au fil du temps, au risque d’enlaidir l’image. On serait alors passés complètement à côté du but recherché. Notre travail s’est beaucoup concentré sur la stabilisation des matériaux.»

 Des applications concrètes

Grâce à la technologie Kaleo développée par le CSEM, les photos sont imprimées au cœur des panneaux photovoltaïques. «Nous avons beaucoup travaillé sur les encres et en avons testé une grande quantité pour s’assurer de leur compatibilité, notamment avec les colles utilisées. Les pigments ont également été sélectionnés pour laisser passer une certaine longueur d’onde de la lumière», précise Laure-Emmanuelle Perret-Aebi. La perte de rendement serait de l’ordre de 10 à 30% selon la couleur utilisée. «Avec une solution standard, 15 à 20 m2 de panneaux solaires sont nécessaires pour couvrir les besoins d’un foyer de quatre personnes et, avec la technologie Kaleo, on aurait plutôt besoin de 30 à 40m2.»

Et après deux ans de collaboration entre le CSEM et la BCN et 600 000 francs investis par cette dernière, les parties prenantes du projet voient des intégrations très concrètes. «Nous pouvons imaginer des applications pour l’affichage publicitaire, le mobilier urbain ou encore les panneaux de signalisation», s’enthousiasme Laure-Emmanuelle Perret-Aebi. Reste à trouver les partenaires industriels et financiers prêts à démocratiser ces toiles solaires.

 Le coin du photographe

Accrochés entre les colonnes du bâtiment de la BCN, cinq visages format XXL sont tournés vers le lac. Et le photographe neuchâtelois Guillaume Perret a choisi de les immortaliser les yeux fermés. «Je me suis inspiré du retour des beaux jours et de la joie à accueillir les premiers rayons de soleil. J’ai cherché à exprimer une émotion de bonheur et d’abandon. Pour le choix des visages, je me suis approché de personnes qui rayonnent, celles qu’on dit solaires.» Pour ce travail, il a reçu carte blanche. Seuls trois mots-clés pour le guider: énergie, émotion et texture.

«J’ai fait le choix de portraits, parce que les émotions humaines sont celles qui me touchent le plus.» Au départ, dix «petites» photos étaient prévues (moitié moins grandes que celles exposées), un format correspondant à la taille d’un panneau solaire standard. Mais le photographe change son fusil d’épaule en cours de route et opte pour cinq photos grand format (deux panneaux standard accolés). «C’est un bâtiment historique visuellement très chargé et je me suis dit que mes portraits allaient devoir se battre pour exister sur cette façade. Malgré les impératifs techniques d’accrochage, nous avons réussi à prendre les bonnes décisions. Je suis très fier du résultat, dont l’impact est indéniable.»


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