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Eloge de la simplicité
posté le 23 juillet 2016 par Patricia Bernheim
Les tiny houses évoquent à la fois la cabane de notre enfance, la petite maison dans la prairie et la maison de poupée. Elles représentent surtout une autre manière de concevoir l’habitat et même la vie. Découverte de ces maisons minuscules.
La première Swiss Tiny House est installée près de Morges depuis mi-avril. Elle est habitée par une maman et ses deux filles. C’est le plus grand modèle, une huit mètres. Il a fallu quatre mois pour la construire. Elle est entièrement en bois et offre tout le confort nécessaire pour être habitée à l’année. La deuxième mini-maison est en cours de finition à Ependes (VD), dans une halle industrielle transformée en atelier de menuiserie. Sur le bureau de Pascal Cornu, concepteur et directeur de Swiss Tiny House SA, la liste de commandes ne cesse de s’allonger.
Tammy Strobel www.rowdykittens.com
Small is beautifull
A l’origine, la première micro-maison lui était destinée. L’ex-mécanicien de précision avait entendu parler du mouvement des tiny house aux Etats-Unis. Forcé de quitter son logement et séduit par cette autre manière de concevoir l’habitat, il souhaite en acquérir un modèle, mais n’en trouve pas en Suisse et juge celles qu’il voit en Allemagne trop mal fabriquées. «C’était du chenit.» Il monte alors une entreprise à partir de rien. «Je n’avais ni outils, ni locaux.» Il demande à un ami architecte de dessiner les plans pour différentes tailles de maisons, il fait fabriquer des châssis sur mesure, trouve une halle industrielle, acquiert l’équipement, engage un menuisier puis un deuxième. Entre deux, il publie une petite annonce gratuite sur le web, enregistre 7 000 clics en trois jours et plus de trente coups de téléphone quotidiens. «On pensait en construire une par mois, mais c’était plus grave que prévu!»
Les raisons de cet engouement sont multiples. D’abord, Pascal Cornu en est convaincu: les tiny house sont des maisons idéales pour les personnes en situation précaire. «A Genève, ils aménagent des containers pour les SDF. Une tiny revient bien moins cher et c’est quand même beaucoup plus joli!» Les micro-maisons séduisent également ceux qui ne veulent pas s’endetter de plusieurs centaines de milliers de francs pour acquérir leur sweet home, et une frange croissante de la population qui rêve d’une vie plus simple.
Tommy Strobel www.rowdykittens.com
Le plus ardu: trouver des terrains
C’est aux Etats-Unis, pays de la démesure et de la crise des subprimes, que le mouvement tiny house est né. Mais à vrai dire, ce nouveau mode d’habitat, qui consiste à réduire l’espace dans lequel on vit, n’est qu’une facette de la tiny life, qui fait l’éloge de la simplicité et du retour à l’essentiel. Aux Etats-Unis, les adeptes rejoignent le mouvement pour des raisons environnementales, financières et pour bénéficier de plus de temps et de liberté. Le faible coût d’achat des tiny house (environ 48 000 francs pour une six mètres) libère des emprunts et des loyers et permet de travailler moins. La vie simple imposée par ce petit espace permet aussi de libérer du temps pour soi et pour les autres, un luxe dans un monde toujours rythmé par le métro-boulot-dodo.
Avec trente demandes en attente, Pascal Cornu est un entrepreneur heureux. Il est d’ailleurs à la recherche de locaux lui permettant de construire trois micro-maisons par mois. Reste que trouver un terrain pour implanter une tiny house n’est pas facile puisque c’est le règlement sur les caravanes qui est appliqué. Les emplacements sont autorisés sur des terrains en zone constructible, dans des campings ou encore autour d’une villa ou d’une ferme, pour autant que le propriétaire ait reçu de sa commune une autorisation de stationnement. Les clients qui commandent une Swiss Tiny House ont aussi accès à un carnet d’adresses de propriétaires disposés à louer des emplacements.
Fiche technique
Adaptées aux normes de sécurité suisses, les micro-maisons de Pascal Cornu sont construites avec des matériaux de qualité. Le revêtement extérieur est constitué de cèdre rouge du Canada, un bois d’extérieur solide et surtout très léger. L’isolation, fabriquée à Aigle, est en fibres de lin 100% naturel et anti-feu.
Les Tiny House peuvent être construites de manière à être autonomes et branchées au réseau direct. Le chauffage à air chaud et le chauffe-eau sont assurés par un système doté d’une batterie 12 volts. Dans la version autonome, l’eau est contenue dans un réservoir de 100 litres à remplir soi-même. Le branchement au réseau s’effectue grâce à un simple tuyau d’arrosage. L’écoulement des eaux usées se fait par un bac de récupération placé sous la maison ou par branchement au réseau grâce à un tuyau.
Les maisons sont également autonomes en matière d’électricité, qui est produite par un groupe électrogène à gaz. Le 220 volts peut être branché au réseau direct ou produit par un transformateur 12 volts-220 volts branché à la batterie, elle-même alimentée par un chargeur électrique raccordé au 220 volts. En l’absence de raccordement électrique, elle est automatiquement rechargée par le système du groupe électrogène à gaz.
Les Swiss Tiny Houses ont une surface au sol d’environ 15 m2, à laquelle on peut ajouter une mezzanine de 5 à 7 m2. Le volume intérieur est spacieux avec une hauteur sous plafond de 3,20 m. La salle de bain peut contenir une petite baignoire à sabot ou une cabine douche, ainsi que des toilettes sèches ou chimiques à caissette. La cuisine est équipée d’une cuisinière à gaz 2 ou 3 feux, d’un four à gaz et d’un réfrigérateur raccordé au 220 volts.
Le déplacement des micro-maisons ne pose pas de problèmes majeurs puisqu’elles se tractent avec un véhicule homologué jusqu’à 3 500 kg sur toutes les routes suisses et européennes.
Plus d’infos sur www.swisstinyhouse.ch